Vendredi, quinze heures. Le plan de travail tourne, quatre élèves ont terminé avant les autres et commencent à regarder le plafond. Vous avez trois tablettes au fond de la classe et aucune envie de ressortir la même fiche d’entraînement.
Alec vise exactement ce moment-là : une collection de jeux de maths et de français pour la maternelle et le primaire, doublée d’un tableau de bord qui permet à l’enseignant d’assigner des activités et de voir qui a travaillé quoi.

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C’est quoi Alec, concrètement ?
Alec, ou plus exactement « Alec, l’Odyssée du Savoir », est une plateforme de jeux éducatifs en ligne destinée aux enfants de 4 à 11 ans. L’éditeur annonce plus de 110 mini-jeux en mathématiques et en français, répartis par niveau (maternelle, CP-CE1, CE2-CM1, CM2-6e), par matière et par catégorie : grammaire, orthographe, conjugaison, numération, géométrie, mesure, résolution de problèmes.
Rien à installer. Tout passe par le navigateur, sur ordinateur, sur tablette ou sur iPad, avec Chrome ou Safari recommandés. Les élèves avancent dans des univers appelés terriers, gagnent des pattes d’or et des pierres de connaissance, débloquent des accessoires pour leur avatar. On est donc assez loin d’une banque d’exercices autocorrigés : il y a un fil narratif et une progression visible par l’enfant.
Derrière Alec, on trouve EduMedia, une société de Bordeaux qui travaille sur la ressource pédagogique numérique depuis 2003 et qui édite aussi eduMedia Sciences. C’est la même maison que Pikado, cette collection d’outils interactifs gratuits pour le primaire dont je vous parlais il y a quelques mois. Une équipe qui connaît l’école, ça se sent dans les détails.
Ce que vaut la qualité des jeux, et pourquoi l’habillage compte
Je suis souvent méfiant devant les plateformes qui promettent d’apprendre en s’amusant. Neuf fois sur dix, on trouve derrière une batterie d’exercices classiques repeinte en couleurs vives, avec une étoile qui clignote quand l’élève a bon. Ici, l’effort de direction artistique est réel. Univers cohérents, personnages dessinés à la main, palette douce, animations qui ne s’agitent pas dans tous les sens. Une ambiance calme et un univers sonore reposant.
Or cette cohérence n’est pas qu’une affaire de goût. Un élève de CE1 qui a peur de se tromper en calcul n’entre pas dans une activité de la même façon selon qu’on lui présente une grille d’exercices ou un terrier à explorer. Le déguisement ludique déplace l’enjeu. L’erreur devient une tentative au lieu d’être une faute, et c’est précisément ce dont ont besoin les élèves fragiles.

Cela dit, la médaille a son revers, et il vaut mieux le savoir avant de lancer la séance. Le système de récompenses (pattes d’or, pierres de connaissance, accessoires d’avatar) fonctionne très bien, peut-être un peu trop : certains élèves joueront d’abord pour habiller leur animal. À vous de cadrer l’objectif avant, sinon les vingt minutes filent en personnalisation d’avatar.
Ce que l’enseignant pilote vraiment depuis son tableau de bord
C’est là que se joue la différence entre une application de soutien scolaire et un outil de classe. Précision : l’accès au tableau de bord passe par un compte enseignant, obtenu par abonnement ou par invitation de l’administrateur de l’école.

Créer sa classe et distribuer le code
Vous créez une classe, vous lui donnez un nom et un niveau (de la maternelle à la sixième), et la plateforme génère automatiquement un code classe de quatre caractères. Ce code est le même pour tous les élèves. Vous pouvez l’afficher en grand au tableau ou le transmettre aux familles pour que les enfants rejouent à la maison. Simple, et surtout sans identifiants à distribuer un par un.
Assigner des devoirs
Depuis la page de la classe, vous attribuez des jeux à tout le groupe ou à un élève en particulier. Cinq jeux maximum par assignation, avec une date et une consigne facultative. Quand l’enfant se connecte avec son code classe, le panneau des devoirs s’affiche directement. Pour de la différenciation, c’est le bon grain : vous n’envoyez pas la même chose à tout le monde.
Suivre la progression
L’écran statistiques donne le taux de réussite par jeu, le temps passé, les niveaux validés, avec la moyenne de la classe indiquée entre parenthèses. Un code couleur du rouge au vert permet de repérer d’un coup d’œil ce qui coince. Attention, ce bouton n’apparaît que si vous avez inscrit des élèves dans la classe. J’y reviens plus bas, parce que ce point a des conséquences.
Fabriquer ses propres jeux
La rubrique « Créer mes jeux » permet de reprendre certains jeux de la plateforme et d’y injecter vos propres questions et réponses. Chouette idée. Vous les assignez ensuite comme les autres. Cette fonction est réservée aux enseignants, et c’est franchement ce qui rend l’abonnement école intéressant : vos notions du moment, dans un habillage que les élèves ont déjà adopté.

Les réglages qui changent la donne pour les élèves dys, allophones ou en Ulis
C’est le point qui m’a le plus retenu en parcourant la documentation. Alec a visiblement été pensé avec des enseignants spécialisés.
- Vocalisation des textes. Tous les champs textuels peuvent être lus à voix haute d’un clic. Vous pouvez forcer l’option pour toute une classe ou pour un seul élève depuis son profil. Pour un lecteur fragile ou un élève allophone, cela retire l’obstacle de la consigne écrite.
- Consignes énoncées au lancement. Par défaut, l’élève doit cliquer sur la tête de fennec en bas à gauche pour entendre la consigne. Une option de classe permet de la déclencher automatiquement. (Le fennec caché dans un coin de l’écran, c’est mignon, mais je parie que certains élèves ne le trouveront jamais tout seuls.)
- Sons désactivés par défaut. Utile en salle informatique sans casques.
- Masquer les noms des terriers. Un élève de CM1 qui travaille sur des jeux de CP ne verra pas le niveau affiché. Pour une classe d’adaptation ou un dispositif Ulis, ce détail évite beaucoup de gêne.
Ajoutez la police arrondie, les chiffres en grande taille, les couleurs neutres et le choix du niveau de difficulté dans chaque jeu. Et le fait que tout se joue au clavier et à la souris, ce qui soulage les élèves pour qui l’écriture manuelle est un calvaire.
Combien coûte Alec pour une classe, et faut-il un compte élève ?
Pour les familles, les tarifs sont affichés : environ 9,90 Eur par mois sans engagement ou 99 Eur pour l’année, avec jusqu’à trois profils enfants et une résiliation immédiate depuis le compte.
Pour les écoles, aucun prix n’est publié : le site renvoie vers un formulaire de devis ou de démo. J’ai posé la question directement à l’éditeur, qui m’a répondu appliquer une grille tarifaire fonction du nombre d’élèves et de classes, avec une très forte dégressivité selon le volume. Les demandes vont d’un petit groupe en Ulis ou en IME à des classes entières, d’où l’absence de tarif public. Pour un enseignant et une classe entière comptez environ 90 € TTC pour toute une année.
Côté comptes, les élèves n’en ont pas besoin pour jouer : le code classe suffit. L’enseignant, lui, doit avoir un compte, créé par abonnement ou par invitation du gestionnaire de l’école. Vous bénéficiez d’un abonnemet gratuit de 30 jours pour tester la plateforme. À demander lors de la prise de contact.
Données des élèves : ce que dit la charte d’Alec
Rarement lu une politique de confidentialité aussi lisible dans ce secteur. Quelques points qui comptent pour une école :
- Un mode d’accès anonyme existe : si vous n’inscrivez aucun élève, aucune donnée personnelle élève n’est collectée. Le revers, c’est que vous perdez tout le suivi statistique. Il faut choisir.
- Si vous inscrivez vos élèves, une seule donnée est demandée : un prénom, des initiales ou un pseudo. L’enfant ne remplit jamais de formulaire.
- Les serveurs sont en Irlande, chez Platform.sh, et l’éditeur indique qu’aucun transfert hors Union européenne n’est effectué dans le cadre GAR.
- Les données de classe sont purgées à la fin de l’année scolaire, même si l’abonnement continue. Un compte enseignant inactif depuis douze mois est supprimé.
- Aucune publicité, le modèle repose uniquement sur les abonnements.
- En France, Alec est accessible via le GAR, donc potentiellement depuis le Médiacentre de votre ENT, avec le ministère comme responsable de traitement.
Un bémol, qui n’est pas propre à Alec : l’obtention du consentement des parents reste à la charge de l’enseignant. Un modèle de lettre aux parents est fourni dans le tableau de bord, ce qui est déjà ça de pris.
What I like, what I like less
What I like
- Le code classe à quatre caractères, qui fait gagner un temps fou en début de séance et permet le prolongement à la maison.
- Les jeux personnalisables avec vos propres questions.
- Le soin apporté aux graphismes et à l’ambiance sonore, qui donne aux élèves l’envie d’y revenir sans tomber dans l’agitation permanente.
- Les options d’accessibilité, pensées et pas simplement cochées.
- Une politique de données claire, avec un accès anonyme réellement proposé et un accrochage au GAR.
What I like less
- L’absence de tarif public pour les écoles, qui oblige à passer par un formulaire.
- Le suivi statistique qui disparaît dès que l’on choisit l’accès anonyme.
- Cinq jeux maximum par assignation, ce qui suppose de repasser souvent par le tableau de bord.
À qui je conseillerais d’y regarder de plus près
Si vous enseignez en cycle 2, en Ulis, en IME ou en classe d’adaptation, Alec mérite une demande de démo. Les réglages de vocalisation et de masquage des niveaux y règlent des problèmes concrets que peu de plateformes traitent sérieusement.
Ailleurs, la question est plus ouverte : ce genre d’outil ne remplace rien, il occupe un créneau précis, celui des quinze minutes d’entraînement autonome qu’on n’a pas le temps de préparer. Reste à savoir si vous préfèrez mettre 90 € dans ce créneau-là ou ailleurs.
FAQ
Faut-il créer un compte pour chaque élève ?
Non. Les élèves se connectent avec le code classe généré par la plateforme. Inscrire les élèves reste facultatif et sert uniquement à obtenir le suivi individuel. Dans ce cas, une seule donnée est demandée : un prénom, des initiales ou un pseudonyme.
Les élèves peuvent-ils jouer à la maison ?
Oui, avec le même code classe, depuis n’importe quel navigateur. C’est ce que décrivent plusieurs enseignants utilisateurs, notamment en Ulis. Les devoirs assignés apparaissent automatiquement à la connexion de l’enfant.
Alec est-il accessible via le GAR ?
Oui. L’éditeur publie une charte de confidentialité spécifique au Gestionnaire d’Accès aux Ressources, dans laquelle il agit comme sous-traitant du ministère. L’accès se fait alors depuis le portail GAR, sans réauthentification.
Est-ce que ça fonctionne sur tablette ?
Oui, sur tablette, iPad et ordinateur, sans installation. L’éditeur recommande Chrome ou Safari et une version d’iOS à jour. L’usage sur tableau numérique interactif est également prévu, avec la classe entière.
Combien coûte l’abonnement pour une école ?
Il n’y a pas de tarif public. L’éditeur m’a indiqué appliquer une grille dégressive selon le nombre d’élèves, avec un prix moyen d’environ 90 € TTC par classe et par an. Un devis est à demander via le formulaire du site.
