Rallumons la lanterne magique des enfants d’Izieu

Article mis à jour le 7 février 2022 par Fidel Navamuel

C’était le 6 avril 1944, à quelques semaines à peine du débarquement allié en Normandie, 44 enfants juifs de la Maison d’Izieu étaient raflés sous les ordres de Klaus Barbie avant d’être conduits à Auschwitz. Aucun ne revint.

Près de 80 ans après un formidable projet tente de refaire revivre les rêves de ces enfants. Une belle et triste histoire qui mêle dessins d’enfants, cinéma d’animation, résistance au fascisme et incroyable projet pédagogique. Tous ensemble nous allons rallumer la lanterne magique des enfants d’Izieu.

Lanterne_magique_enfants_izieu

La lanterne magique des enfants d’Izieu

La Maison d’Izieu accueillait depuis mai 1943 des enfants soustraits au péril nazi. Des enfants juifs réfugiés, séparés de leurs parents et condamnés à l’exil. Ils étaient d’origine allemande, polonaise, belge ou encore française, de métropole ou d’Algérie.

La vie s’y organise gentiment et l’on essaye de faire oublier aux plus jeunes la cruauté du moment, les menaces et les sombres nuages. Un des moments préférés des enfants, c’est la séance de cinéma du soir imaginée par le jeune cuisinier de la colonie. Les enfants créent des histoires sous forme de rouleaux dessinés, destinés à être projeté à la lueur d’une bougie selon le principe de la lanterne magique. La projection s’accompagne de la lecture par les mômes eux-mêmes de leurs histoires dont ils interprètent les dialogues et les bruitages. Leurs dessins prenaient ainsi vie devant eux et leur permettait de s’évader. Le 6 avril 1944, la lanterne magique s’est éteinte.

Le projet de création de dessins animés à partir des dessins des enfants

Quelques semaines après la rafle, la directrice de la colonie revient dans la colonie et retrouve les affaires des enfants. Parmi les lettres, les dessins, les photos, elle trouve également trois rouleaux d’histoires dessinées. Ces rouleaux qui servaient aux projections du soir.
78 ans après, un studio d’animation Parmi les lucioles films en collaboration avec la Maison d’Izieu et une école d’art a eu la belle idée de donner vie au rêves cinématographiques des enfants de la Colonie d’Izieu en se lançant dans la réalisation d’un court métrage d’animation fidèle aux dessins des enfants et en respectant tant que faire se peut leur récit.
dessins enfants d'Izieu
Les fragiles bandes de papier avec les dessins des enfants d’Izieu sont d’une grande fragilité. Ils sont conservés au département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France qui a utilisé tous ses moyens techniques et son savoir-faire unique pour les restaurer. Dans la page du projet créée sur Kiss Kiss Bank bank on nous explique le processus de création dans le détail à partir des 74 dessins des enfants et des feuilles de cahier quadrillées contenant la trame de l’histoire et les dialogues.

Une bande son réalisée par des collégiens pour faire le lien entre passé et présent

Comment respecter dans la bande son l’ambiance des projections la lanterne magique des enfants d’Izieu et leur imagination pour créer des bruitages avec les moyens du bord. Les réalisateurs du film ont eu la belle idée de faire réaliser le son, voix et bruitages, par une classe “UPE2A” de jeunes réfugiés allophones

du collège Aimé Césaire de Vaulx-en-Velin (classe spécialisée avec un enseignement renforcé du français adapté à leurs besoins) . Une classe qui regroupe d’autres enfants jetés sur les chemins de l’exil à cause de la guerre ou de leurs différences.
L’enregistrement des voix et bruitages a été réalisé au sein de la Maison d’Izieu, lieu des veillées d’autrefois. Le résultat est, parait-il ( je ne l’ai pas vu ni entendu) formidable. 
La lanterne magique des enfants d'Izieu

Une collecte publique pour boucler le budget du premier film

De nombreux partenaires ont mis la main à la poche pour rendre cet incroyable projet possible. Il manque 30 000 Eur pour boucler le budget du premier film d’animation réalisé à partir des dessins des enfants d’Izieu. 30 000 Eur. Si nous nous y mettons tous, cela ne devrait pas être trop difficile de rallumer la lanterne magique des enfants d’Izieu. Nous avons besoin de sa lumière, plus que jamais, en ces temps troubles.
La page Kiss Kiss bank bank pour soutenir ce projet se trouve ici : Film animation enfants d’Izieu

Noms des 44 enfants et 7 éducateurs raflés à Izieu le 6 avril 1944 :

  • Sami Adelsheimer, 5 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
  • Hans Ament, 10 ans, né en Autriche, déporté par le convoi 75
  • Nina Aronowicz, 11 ans, née en Belgique, déportée par le convoi 71
  • Max-Marcel Balsam, 12 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Jean-Paul Balsam, 10 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Esther Benassayag, 12 ans, née en Algérie, déportée par le convoi 71
  • Elie Benassayag, 10 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
  • Jacob Benassayag, 8 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
  • Jacques Benguigui, 12 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
  • Jean-Claude Benguigui, 5 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
  • Richard Benguigui, 7 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
  • Barouk-Raoul Bentitou, 12 ans, né en Algérie, déporté par le convoi 71
  • Majer Bulka, 13 ans, né en Pologne, déporté par le convoi 71
  • Albert Bulka, 4 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
  • Lucienne Friedler, 5 ans, née en Belgique, déportée par le convoi 76
  • Egon Gamiel, 9 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
  • Liliane Gerenstein, 11 ans, née en France, déportée par le convoi 71
  • Maurice Gerenstein, 13 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Henri-Chaïm Goldberg, 13 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Joseph Goldberg, 12 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Claudine Halaunbrenner, 5 ans, née en France, déportée par le convoi 76
  • Mina Halaunbrenner, 8 ans, née en France, déportée par le convoi 76
  • Georgy Halpern, 8 ans, né en Autriche, déporté par le convoi 71
  • Arnold Hirsch, 17 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 73
  • Isidore Kargeman, 10 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Liane Krochmal, 6 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
  • Renate Krochmal, 8 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
  • Max Leiner, 8 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
  • Claude Levan-Reifman, 10 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Fritz Loebmann, 15 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
  • Alice-Jacqueline Luzgart, 10 ans, née en France, déportée par le convoi 75
  • Marcel Mermelstein, 7 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 74
  • Paula Mermelstein, 10 ans, née en Belgique, déportée par le convoi 74
  • Theodor Reis, 16 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 73
  • Gilles Sadowski, 8 ans, né en France, déporté par le convoi 71
  • Martha Spiegel, 10 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
  • Senta Spiegel, 9 ans, née en Autriche, déportée par le convoi 71
  • Sigmund Springer, 8 ans, né en Autriche, déporté par le convoi 71
  • Sarah Szulklaper, 11 ans, née en France, déportée par le convoi 71
  • Herman Tetelbaum, 10 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
  • Max Tetelbaum, 12 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
  • Charles Weltner, 9 ans, né en France, déporté par le convoi 75
  • Otto Wertheimer, 12 ans, né en Allemagne, déporté par le convoi 71
  • Emile Zuckerberg, 5 ans, né en Belgique, déporté par le convoi 71
  • Lucie Feiger, 49 ans, née en France, déportée par le convoi 72
  • Mina Friedler, 32 ans, née en Pologne, déportée par le convoi 76
  • Sarah Levan-Reifman, 36 ans, née en Roumanie, déportée par le convoi 71
  • Eva Reifman, 61 ans, née en Roumanie, déportée par le convoi 71
  • Moïse Reifman, 62 ans, né en Roumanie, déporté par le convoi 71
  • Miron Zlatin, 39 ans, né en Russie, déporté par le convoi 73 et
  • Léa (Laja) Feldblum, 25 ans, née en Pologne, déportée par le convoi 71, seule survivante

1 Response

  1. Je lis leurs noms, je n’ai pas de mots, un amour débordant pour eux pour empêcher ce qui est arrivé. Je suis née en 46, petite, on ne parlait pas d’eux et pourtant … devant des amas de vêtements d’enfants, petits manteaux en lapin, écharpes avec une tête de renard dont les yeux étaient en verre, j’avais tout compris, à travers des mots prononcés parlant d’eux, je ne pouvais que leur parler pour leur dire que je les aimais …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *