Dernière mise à jour le 5 janvier 2026
« Sciences.live s’affirme comme un service d’intérêt général, pensé pour offrir à tous les élèves les mêmes chances de découvrir, comprendre et pratiquer les sciences. »
Comment faire entrer un médiateur scientifique dans une salle de classe située à deux heures du premier musée des sciences ? C’est le défi que veut relèver le projet Sciences.live depuis son lancement.
Le principe est simple : des ateliers de 50 minutes animés en direct par visioconférence, où un médiateur interagit en temps réel avec les élèves. Pas de vidéo préenregistrée, pas de ressource à consulter en autonomie. Une vraie conversation, avec des questions, des quiz, des rebondissements selon les réactions de la classe.
Le projet est né en Nouvelle-Aquitaine, porté par quatre Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI) : Cap Sciences à Bordeaux, Espace Mendès France à Poitiers, Récréasciences à Limoges et Lacq Odyssée à Mourenx. L’Éducation Nationale accompagne la démarche pour garantir la cohérence avec les programmes scolaires.
Pour comprendre la genèse du projet, ses ambitions et son fonctionnement au quotidien, nous avons interrogé Céline Domenc, directrice de l’éducation à Cap Sciences et cheffe de projet sur la plateforme Sciences.live. Elle revient sur le choix de la médiation humaine en direct, l’élaboration des contenus avec les enseignants, les exigences techniques minimales et les perspectives de développement pour les années à venir.

Sciences.live a été créé pour démocratiser la culture scientifique. Face aux disparités territoriales et aux contraintes logistiques des sorties scolaires, comment le « live à distance » répond-il à cet impératif d’égalité des chances pour les élèves du CP à la Terminale ?
De nombreux établissements scolaires, notamment en zone rurale, ont peu d’opportunités d’accéder à des activités culturelles et scientifiques. Avec Sciences.live, nous levons ces barrières : les contraintes géographiques, budgétaires ou logistiques ne sont plus un frein. Toutes les classes, du CP à la Terminale, peuvent vivre une animation scientifique en direct depuis leur salle de classe, avec un médiateur qui interagit en temps réel avec les élèves.
Ce modèle garantit un accès égal à la culture scientifique, quel que soit le territoire. Au-delà des zones rurales, il bénéficie aussi aux établissements péri-urbains et urbains qui rencontrent des difficultés à organiser des déplacements ou souhaitent compléter leurs enseignements par des interventions flexibles et faciles à mettre en place. Sciences.live s’affirme ainsi comme un service d’intérêt général, pensé pour offrir à tous les élèves les mêmes chances de découvrir, comprendre et pratiquer les sciences.
À l’ère des ressources pédagogiques numériques illimitées (vidéos, MOOCs, IA), pourquoi avoir choisi l’animation en direct par un médiateur scientifique ? Quel est l’avantage pédagogique ?
Le choix de l’animation en direct par un médiateur scientifique s’est imposé comme l’atout majeur de notre dispositif. Dans beaucoup de Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI), la médiation humaine est au cœur de l’expérience : elle permet d’expliquer, d’accompagner, de susciter la curiosité. Nous avons souhaité préserver cette relation privilégiée avec les élèves, même à distance.
Contrairement aux ressources numériques statiques, un atelier en direct permet de s’adapter au niveau de la classe, aux réactions des élèves et à leurs questions spontanées. Le médiateur peut reformuler, approfondir, rebondir sur une idée ou corriger une incompréhension. C’est cette interaction que nous recherchons avec Sciences.live : créer une dynamique d’engagement qui favorise l’attention, la participation et l’appropriation des notions scientifiques.
Cette dimension humaine fait toute la valeur pédagogique de Sciences.live et nous permet d’offrir une expérience de qualité, personnalisée pour chaque classe.
Le projet Sciences.live est porté par plusieurs Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI). Comment avez-vous assuré la qualité scientifique du contenu et son alignement avec les programmes scolaires et les besoins pédagogiques des enseignants ?
Tous les contenus sont conçus pour être interactifs, immersifs et adaptés au niveau des élèves. Les médiateurs travaillent en lien étroit avec des enseignants qui garantissent l’alignement avec les programmes scolaires, identifient les besoins pédagogiques et accompagnent la structuration des ateliers. Nous précisons toujours que nos animations ne remplacent pas un cours : elles viennent en complément, en introduction ou en conclusion d’un chapitre, ou comme ouverture culturelle.
Chaque atelier est systématiquement testé par plusieurs établissements partenaires, du primaire au lycée. Ces séances pilotes permettent d’ajuster les contenus, de vérifier leur adéquation avec les niveaux visés et de s’assurer qu’ils répondent aux attentes du terrain avant leur déploiement.

© GAUTIER DUFAU
Comment la plateforme et la méthodologie des médiateurs parviennent-elles à maintenir un bon niveau d’interactivité et d’engagement auprès d’une classe entière pendant les 50 minutes d’un atelier à distance, en évitant l’écueil d’une simple conférence passive ?
Nos ateliers captent l’attention des élèves dès le début et les maintiennent actifs tout au long de la séance. Plutôt qu’une présentation descendante, ils s’organisent autour d’un fil conducteur qui donne du rythme et du sens à l’activité : « Bonjour, je m’appelle… et vous allez aujourd’hui m’aider à sauver un site archéologique menacé de destruction. Êtes-vous prêts à m’aider ? » Les élèves participent régulièrement à travers des quiz, des questions, des associations d’idées ou de petits défis. Cette dynamique évite toute passivité et maintient leur engagement pendant 50 minutes.
Le médiateur réagit aux réponses et aux réactions de la classe pour adapter son animation en direct. L’enseignant, de son côté, facilite la prise de parole et les échanges. Cette dynamique à trois — élèves, enseignant, médiateur — permet de vivre un moment véritablement interactif, même à distance.
Votre catalogue d’ateliers couvre des domaines variés. Comment identifiez-vous les thématiques les plus pertinentes et les plus demandées par le corps enseignant ?
Au lancement du projet, nous avons effectué un important travail de veille sur les thématiques pertinentes à aborder sur plusieurs années. Nous avons questionné les enseignants et étudié non seulement les programmes scolaires, mais aussi les grandes problématiques et priorités du monde éducatif. Ensuite, nous avons croisé cette ressource avec les enjeux de la culture scientifique, en intégrant les grands sujets de société scientifiques actuels.
Ce travail a permis à un comité éditorial et stratégique — réunissant les 4 centres de sciences et l’Éducation Nationale — de dresser une liste de sujets essentiels pour Sciences.live.
Aujourd’hui, tous les 3 mois environ, nous priorisons les prochaines créations en comité de pilotage. Mais nous nous sommes laissé la possibilité de répondre à de nouvelles opportunités ou demandes du corps enseignant pour coller à l’actualité ou à des besoins émergents. Notre méthode agile et un processus créatif constant nous permettent d’être au plus proche des préoccupations des enseignants tout en les surprenant !

La question du coût est centrale pour les établissements. Comment est financé Sciences.live et quelles sont les conditions d’accès pour les écoles ?
Nous avons fait le choix d’un modèle simple et accessible : chaque atelier est proposé au tarif de 100 € pour une classe (jusqu’à 35 élèves). Un tarif unique, abordable et sans surcoût lié aux déplacements, où que soit l’établissement scolaire.
L’ensemble des ateliers est éligible au Pass Culture pour les collèges et lycées, ce qui permet aux équipes pédagogiques de planifier et financer ces activités dans le cadre de l’EAC.
Pour faciliter la découverte du dispositif, nous disposons de quelques séances préfinancées par notre partenaire historique, la Région Nouvelle-Aquitaine, pour les établissements de ce territoire. Conscients que le budget peut rester un frein pour certaines écoles, nous développons régulièrement des partenariats avec des acteurs publics et privés afin de proposer ponctuellement des séances prises en charge, pour que Sciences.live bénéficie au plus grand nombre.
→ Pour une présentation complète de la plateforme, consultez l’article que je viens de lui consacrer -) Sciences.live : la médiation scientifique en direct dans votre classe